Le pouvoir de s’excuser

Dans la vie de tous les jours, nous nous excusons sans cesse. S’en est devenu un rituel aussi basique que  « Désolé » ou « Pas de problème ». Que ce soit pour des situations banales tel que bousculer quelqu’un ou interrompre quelqu’un en train de parler, pour tout simplement, ne pas paraître grossier.

Mais, quand une personne en blesse une autre plus ou moins gravement, et que ce soit sous la forme d’une violence émotionnelle ou physique, subtile ou brutale. Alors, les excuses sont la première étape d’un changement relationnel, d’une prise de conscience et l’expression d’une volonté de changement de la personne en situation de produire des comportements oppressants. Et pourtant, il existe une difficulté à présenter ses excuses qui semblent généralisées, y compris dans les milieux où on se veut plus conscient et politisé.

Alors pourquoi est ce que ça parait simple et que ça ne l’est pas ? 

Pourquoi est ce que ça a l’air de coûter tant à certaines personnes de faire des excuses ?

1. Nos premières excuses sont souvent produites sous la contrainte d’une autorité qui nous domine (famille, école…), dans ce contexte, refuser de s’excuser peut aussi vouloir dire refuser ce rapport contraint. Par la suite, ça peut être vécu comme infantilisant de s’excuser et ramener à de vieux rapports de pouvoirs dans lesquels l’excuse a pu être vécue sous le mode de la honte-soumission qui n’a rien à voir avec la recherche de rapports égalitaires.

2. Le chef n’a jamais tort. Pour des personnes qui veulent dominer, le fait de s’excuser c’est précisément descendre de cette position, la compromettre. Ces personnes préféreront, dans ce cas :

  • User de mauvaise foi : « Je ne t’ai pas coupé la parole, c’est toi qui t’arrêtes systématiquement au milieu de tes phrases ! »
  • Mentir : « Non, ça ne s’est pas du tout passé comme ça, tu es complètement parano ! »
  • Rendre symétriques des choses qui ne le sont pas : « Oui, je t’ai cassé la tête, mais avant, tu m’avais regardé d’une manière pas très sympa… »

Le pouvoir de s'excuser

3. Dans les sociétés occidentales, la question des excuses nous renvoie, peut être, plus ou moins consciemment, au concept chrétien de « faute », de « péché ». Vu l’omniprésence de ces concepts dans la religion catholique, ce ne serait pas étonnant…
D’où un vocabulaire symptomatique, qui, dès qu’on aborde la question de la reconnaissance des torts, la traduit en termes d’autoflagellation.

4. La logique managériale nous pousse à nous montrer sous notre meilleur jour, à nous montrer battants et pleins de projets . Faire ses excuses, c’est aller à l’envers de cette logique, c’est admettre quelque chose dont on ne peut pas être fier, et admettre un certain échec. C’est admettre qu’on n’est pas l’avant garde, qu’on peut porter en nous des choses qui nous empêchent d’avancer vers les idéaux auxquels on croit.

5. Au travail, on peut craindre que s’excuser auprès d’un collègue dans un environnement compétitif ne soit perçu comme un signe de faiblesse, que cela puisse miner notre autorité ou encore affecter de façon négative la dynamique du bureau.

Et pourtant, c’est un premier pas symbolique, qui peut ne pas coûter bien cher et ne pas amener de conséquences futures. Les excuses ont le pouvoir de réparer une blessures, des relations et des cœurs meurtris.

Y a t’il de réels avantages ?

Avantages relationnelles

Quoiqu’il en soit, les excuses ne sont pas seulement une politesse sociale. Elles signifient un rituel important, une façon de montrer le respect et l’empathie envers la personne lésée. C’est une façon de réaliser que, si on ne l’observe pas, cette chose peut mettre en danger la relation.

Si elles sont sincères, elles ont la capacité de désarmer les autres de leur colère et d’empêcher des malentendus. Elles ne peuvent peut être pas changer les actions passées, mais elles peuvent encore changer les effets négatifs de ces actions, si on les présente avec sincérité.

Elles ont le potentiel de restaurer la dignité et de diminuer la peur des représailles ou encore du désir de vengeance de la part de la personne qui les reçoit. De la part de la personne qui les exprime, cela peut être un outil puissant de réconciliation dans une relation et permettre d’initier le retour de la confiance. De la même façon, l’excuse peut montrer une certaine force de caractère, de la compétence émotionnelle et réaffirmer que les deux parties partagent des valeurs au sein de leur relation dans laquelle ils veulent s’investir.

Avantages sur la santé physique et mentale

Des études récentes ont montré que la réception des excuses de quelqu’un a un effet positif notable sur le corps, sur les fonctions corporelles, la pression artérielle diminue, la fréquence cardiaque et la respiration deviennent plus régulières.

  • Une personne qui a été blessée se sent émotionnellement guérie quand elle se voit prise en compte par celui qui lui a fait mal
  • Quand on reçoit une excuse, on ne perçoit plus celui qui a eu tort comme une menace personnelle
  • Le pardon nous permet de laisser la colère dans le passé et ne pas être coincé à ce stade
  • Les excuses ouvrent la porte au pardon, qui nous permet d’éprouver de l’empathie envers celui qui a eu tort.

Les excuses ont des avantages tant pour celui qui les formule que pour leur destinataire.

Quand on a le courage d’admettre une erreur et surmonter la résistance d’avoir à s’excuser, on développe un fort sentiment d’estime de soi. En s’excusant on reste en contact émotionnel avec les amis et les gens qu’on aime. Sachant que l’on a eu tort envers quelqu’un, on met une distance vis-à-vis de lui, mais une fois que l’on a présenté nos excuses, on se sent plus libres et proches des autres.

Si s’excuser nous fait parfois nous sentir humiliés. Présenter des excuses en assumant la responsabilité de nos actes nous aide à nous débarrasser de la culpabilité, l’auto-reproche et de la diminution de l’estime de soi. ça peut nous rappeler de ne pas reproduire la situation.

Quand quelqu’un s’excuse, il est plus facile de lui pardonner.

Quand quelqu’un avoue et s’excuse de nous faire mal, nous sommes plus disponibles à créer une autre image de cette personne. Au lieu de le voir dans la lumière de la colère et le ressentiment, l’humiliation et le pardon nous aident à le voir plus humain, vulnérable, capable de commettre une erreur et ça nous touche.

La plupart des gens ont besoin d’un peu d’empathie et de compassion pour pardonner celui qui a eu tort.

Il y a deux autres aspects importants en présentant des excuses : l’intention et l’attitude.

L’intention

intention
Elles sont communiquées non-verbalement à la personne à qui on présente des excuses.

Pour que la personne sente que le geste est sincère, il doit venir de l’intérieur. S’excuser juste parce que quelqu’un d’autre vous l’a conseillé comme la meilleure chose à faire, ou parce que l’autre personne attend ça et que, de la sorte, vous pouvez obtenir ce que vous voulez, est une erreur. Des excuses utilisées comme une manipulation ou de simples gestes sociaux sont vides et sans signification, elles n’auront pas de sens pour l’autre personne.

Lorsque vous êtes sincère et que l’intention est bonne, les excuses sont un outil puissant à la fois pour ceux qui les formulent ainsi que pour leur destinataire.

L’attitude

Le pouvoir de s'excuser
L’attitude requise pour s’excuser véritablement est une réaction émotionnelle sincère vis-à-vis de la douleur ou de la peine que son comportement a engendrée. Un des moyens de caractériser cette attitude consiste à reprendre ses trois composantes :

  • La spontanéité implique que les excuses viennent d’un cœur généreux et ouvert et qui l’a décidé en toute liberté. Si elles sont faites de mauvaise grâce, les excuses n’auront pas la même puissance de guérison.
  • La conscience implique que l’auteur de la blessure réalise que s’excuser est rendu nécessaire parce qu’il a compris qu’il a causé de la souffrance et qu’il y compatit.
  • L’intimité suggère que s’excuser est une tentative pour recréer un lien qui a été brisé par la blessure faite.

Comment présentez des excuses ?

Le pouvoir de s'excuser

Si vous avez des difficultés à présenter des excuses, voila quelques éléments pour apprendre à mieux le faire.

Généralement, quelqu’un est prêt à accepter une excuse s’il croit à la sincérité de la personne qui la présente. Mais le problème, c’est que nous ne jugeons pas tous de la sincérité de l’autre de la même façon. Tout dépend de la manière que nous avons apprise de nous excuser.

Certaine personne s’excuse en disant ou en faisant quelque chose de gentil. Il suffit de dire : « Je suis désolé ». Mais pour d’autre, chaque excuse doit être détaillée. Il faut plutôt s’excuser de façon précise : « Je suis désolé, j’ai réagi sans vérifier les faits. »

Il est assez commun que les personnes diffèrent dans leur façon de s’excuser, et cela peut produire des problèmes de communication.

Que faire quand la personne blessée n’accueille pas nos excuses ? Dans son livre, Les langages de la réconciliation, Gary Chapman explique qu’il existe cinq langages d’excuses différents, mais universels.

1. EXPRIMER LE REGRET

Ce langage fait appel aux émotions. Il indique que nous sommes conscients d’avoir causé de la peine. « Je suis désolée, j’ai parlé durement. Je sais que cela t’a blessé, et j’en suis vraiment navrée. »

2. ACCEPTER LA RESPONSABILITÉ

Ce langage définit ce qui a été mal fait. « J’ai eu tort de te parler sur ce ton. Je n’aurais pas dû réagir comme ça. »

3. RÉPARER LE TORT

L’important, c’est de se racheter en démontrant l’amour d’une façon propice à l’autre personne. « Je ne peux pas croire que j’ai réagi de cette façon. S’il te plaît, dis-moi ce que je peux faire pour m’excuser. »

4. EXPRIMER LE DÉSIR DE CHANGER DE COMPORTEMENT

Celui-ci est assez facile à comprendre : « Je continue à perdre mon sang-froid et je sais que ce n’est pas juste. Je ne veux pas le refaire. Peux-tu me suggérer quelque chose qui pourrait m’aider à m’assurer que cela ne se reproduit pas ? A partir de maintenant, je vais essayer de parler sur un ton plus amical / d’utiliser des mots différents », « J’espère que nous pourrons avoir une relation de respect mutuel »

5. DEMANDER PARDON

Pour que les excuses soient reconnues comme étant sincères, la personne dans le tort doit demander pardon : « Je suis tellement désolé d’avoir parlé durement et d’avoir réagi comme je l’ai fait. Je sais que cela te fait du mal. Veuille me pardonner. »

L’un de ces langages de réconciliation va faire écho plus fortement en vous.Maintenant que nous comprenons qu’il existe différents langages de réconciliation, prenons à présenter nos excuses dans le langage propice à notre partenaire et à répondre gracieusement aux excuses qui ne sont pas exprimées dans notre langage préféré.

Il ne faut jamais dire : « Je suis désolé… mais », même s’il y a eu faute de l’autre côté. Le « mais » annule l’excuse tout entière. Il s’agit d’une tentative d’excuser mon mauvais comportement en fonction de leur mauvais comportement. Nous pouvons toujours choisir de bien agir, bien que cela exige du courage et de l’humilité.

Quand vous RECEVEZ des excuses

Pour qu’une transaction d’excuses soit complète, elle doit avoir été pleinement entendue, prise en compte et obtenir une réaction. Bien trop souvent les énoncés d’excuses sont considérés comme suffisants et l’hypothèse est, qu’une fois exprimées, les excuses seront acceptées par une personne de bonne composition et qui accordera son pardon. Cela suppose que les excuses sont un processus unilatéral alors qu’en réalité c’est un cycle transactionnel. Dans certains cas, certaine personne n’arrête pas d’offenser et de faire des excuses, et ces dernières sont acceptées de manière répétée et routinière et, dans ce cas, la transaction n’est pas curative mais nocive.

La réponse à des excuses est importante pour la relation future avec la partie qui s’excuse. Considérez tout d’abord si vous êtes vraiment prêt à accepter des excuses.Le pouvoir de s'excuser
– Si vous êtes prêt : Montrez votre acceptation et pardonnez en serrant la main de votre interlocuteur ou par toute autre manière qui vous semble appropriée.

« J’apprécie ce que tu viens de dire et je te pardonne. Et en passant, ne recommence pas »

Acceptation sous condition : Votre cœur ne s’ouvre pas. Il y a peut-être quelque chose de plus qui est attendu ou alors, il n’y a peut-être rien de faisable à ce moment là.

« Je suis désolée, mais tu ne sembles pas comprendre combien ton comportement est difficile pour moi. Je suis au regret de ne pouvoir accepter tes excuses. J’ai besoin de plus que de simples paroles pour me sentir mieux »

– Si vous n’êtes pas prêt : Reconnaissez la valeur des excuses qui vous sont présentées et demandez du temps pour réfléchir. Indiquez quand vous êtes prêt à reparler du problème.

Nous sommes faillibles et humains et parfois nous cédons à notre partie sombre. Et si nous voulons que nos relations se développent et progressent, nous devons constamment corriger les erreurs que nous commettons.

Nous devons considérer le fait que nous y sommes pour quelque chose, nous sommes tenu pour responsables de l’état émotionnel des autres et ceci vaut de même pour elles vis à vis de nous.

Sinon, pourquoi devrions-nous exprimer des excuses quand nous attristons ou mettons en colère d’autre personnes ?

 

Jennifer Thomas et Gary Chapman analysent les manières qu’ont les gens de demander pardon et de recevoir les excuses des autres. Dans ce domaine également nos « langages » diffèrent souvent.

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Un commentaire sur “Le pouvoir de s’excuser

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