La critique constructive n’existe pas

Formuler une critique n’est jamais facile, c’est un exercice périlleux pour la relation, qu’elle soit amicale, familiale ou professionnelle. Un peu trop brutale, elle peut dégénérer en conflit.

Peur de juger, de blesser, de perdre l’estime de l’autre : la critique a mauvaise réputation. Alors, on tourne autour du pot et, un beau jour, ça sort ! Le ton monte, l’échange bloque.

Retour à la case départ.

Pourtant, la critique est nécessaire. Sans elle, pas de communication authentique, pas de mise au point sur ce qui ne va pas, donc pas d’évolution.

La critique constructive n’existe pas

« Ce qui nous pose problème, ce n’est pas tant la critique elle-même que la façon de la formuler… et de la recevoir. Dans notre communication quotidienne, nous oscillons tous entre un comportement passif et un comportement agressif. Nous manquons d’assertivité. Être assertif, c’est être capable de dire ce que l’on pense et ressent en tenant compte de ce que l’autre pense et ressent. C’est une marque de respect. »

Voilà sans doute pourquoi on évite de la faire.

À partir des éléments que je vous ai donnés dans l’article 7 étapes pour recevoir une critique avec grâce et dignité, nous pouvons facilement déduire la façon de faire une critique qui ait plus de chance d’atteindre son but.

 

Quel est le but d’une critique ?

Le but d’une critique, c’est que l’autre comprenne notre point de vue et éventuellement change un comportement. Nous mettrons toutes les chances de notre côté si notre message est clair, précis et spécifique.

 

La critique constructive n’existe pas

La différence entre une critique constructive et une critique malveillante ? La première est celle que vous faites aux autres. La seconde est celle qu’ils vous font.

La critique constructive n'existe pas

Avant de nous lancer dans la rédaction des griefs précis que nous pourrions exprimer aux bipèdes qui partagent notre quotidien personnel ou professionnel, rappelons-nous de trois points :

Évitez les faux-semblants.

Le politiquement correct nous bassine parfois avec la critique “positive” et “constructive”: appelons un chat un chat :

  • Une critique positive, c’est un compliment. Le compliment est très utile et il n’est pas le propos du jour.st très utile et il n’est pas le propos du jour.
  • La critique constructive n’existe pas. Elle n’est constructive que pour celui qui la formule. Quand nous avons une critique à faire, c’est que nous reprochons à l’autre de ne pas faire comme nous pensons qu’il faut faire. Il s’agit donc en réalité d’une demande à formuler, ce qui est bien plus élégant.

Votre opinion n’engage que nous

Vous ne détenez pas la vérité universelle, et ce qui vous chiffonne n’est pas nécessairement un problème pour l’autre, même si vous avons hérité ce principe de l’arrière-grand-père qui avait toujours raison. Vous pouvez communiquer sur vos valeurs, mais pas lui imposer vos certitudes.

Il est naturel d’avoir des opinions, des valeurs, des principes

Et il est légitime de les exprimer pour fixer des limites à un comportement inacceptable, pour faire avancer un projet. Le tout étant d’y mettre un peu les formes, histoire de ne pas se fâcher avec toute l’humanité.

Voici une démarche qui, si elle n’est pas nécessairement facile, a au moins le mérite d’avoir plus de chances de réussite que les accusations, le ton agressif et les insultes. 

 

Éliminez les parasites

Est-ce que je m’adresse à la bonne personne, celle qui est à la source du problème ?

La critique constructive n’existe pasDe nombreuses tendances naturelles peuvent nuire à l’expression d’un reproche sous forme d’une demande juste et justifiée:

  • Dissociez le comportement de l’identité. Une personne ne se limite pas à un comportement, même répété. Évitez donc tout jugement ayant trait à sa personnalité. Tenez-vous en à son comportement. Expliquer à votre conjoint qu’il est sale parce qu’il ne met pas ses chaussettes dans le panier à linge est une attaque à son intégrité.
  • Supprimer les généralisations abusives et tenez-vous en aux faits. Si Dupont est arrivé en retard mardi et mercredi, lui dire qu’il est toujours en retard est tout simplement mensonger et donc injuste.
  • Supprimez toute interprétation sur les intentions de la personne ou la signification de son comportement. Vous n’avez pas de décodeur universel de pensée, votre interprétation sera indiscutablement abusive et commettre une erreur là-dessus poussera votre interlocuteur à focaliser sur l’erreur d’interprétation plutôt que sur la critique.
  • Sortez du jugement de valeur. Votre indignation vertueuse vous appartient, et n’appartient qu’à vous. En l’absence d’échelle universelle des valeurs, ce que votre interlocuteur a fait ne peut pas être estampillé “bien” ou “pas bien”, c’est tout au plus quelque chose qui nous convient ou non.
  • Éliminez tout ce qui ressemble à une injonction ou un ordre, même si la tentation est forte ! Il est bien question de formuler une demande !

Maintenant que vous avez supprimé tous les parasites qui risqueraient de pourrir votre reproche et la relation qui va avec, vous allez pouvoir vous attacher à construire une formulation saine et pleine de délicatesse.

 

Choisissez le bon moment

L’endroit et le moment pour formuler une critique sont-ils propices ? La personne est-elle disponible ?

La critique constructive n’existe pas

Évitez de faire une critique entre deux portes, juste avant un rendez-vous important, de partir au boulot ou tout autre fin rapide et inévitable à la conversation : votre interlocuteur aura peut-être besoin de s’exprimer, lui aussi. Lui mettre ce type de pression n’est pas cool et pourrait bien être du domaine de la vengeance mesquine.

Choisissez un moment où vous serez seul avec cette personne : faire une demande importante devant un tiers met tout le monde mal à l’aise, peut être relativement manipulateur et se retourner contre vous !

 

Donnez-vous du temps pour réfléchir à ce que vous voulez

Est-ce que je suis dans un état d’esprit aidant pour donner une critique ?

La critique constructive n’existe pasAttention aux croyances limitante sur soi-même (Je ne serai pas capable), sur l’autre (De toute façon, il est bouché…, il ne voudra rien entendre…, il n’y a rien à faire avec lui…, il ne comprendra pas…).

Évitez de réagir à chaud : Les réactions immédiates se font dans l’expression d’une colère tournée vers l’autre, alors qu’en réalité, elle nous parle de nous. Prendre le temps d’écouter son message, c’est assurer que la critique exprimée sera la bonne, aussi préférez la réflexion au rôle surjoué de reine outragée.

Si vous vous sentez monter en mayonnaise face au manquement d’une personne, choisissez de revenir vers elle plus tard, et éventuellement, fixez un rendez-vous.

J’insiste avec une légèreté d’hippopotame : rappelez-vous que votre émotion parle de vous, pas de votre interlocuteur.

Vous disposez à présent de temps pour réfléchir, pour sortir du reproche facile et de réfléchir à ce que vous voulez réellement obtenir qui, au fond, vous concerne vous. 

En toute situation, il faut rester calme. C’est ce qui prouvera le mieux l’étendue de votre force.

 

Construire une demande élégante

Est-ce que j’ai pensé d’avance à ma stratégie d’action ?

La critique constructive n’existe pasSelon son degré d’importance, vous disposez de trois niveaux de demande :

  • La communication non violente : pour s’exprimer au quotidien
  • La demande assertive : pour ce qui est important sans être indiscutable
  • Fixer une limite : pour mettre un terme à un comportement nuisible, c’est à dire qui menace l’intégrité physique ou morale.

Dans tous les cas :

  • Tenez-vous en aux faits et à leurs conséquences, avec toute l’objectivité dont vous êtes capable.
  • Parlez de vous face à ces faits : vos ressentis, vos besoins, vos limites.
  • Assurez-vous que votre formulation soit claire, précise et concise. Le vague est un des grands ennemis de la communication. Faites preuve de bienveillance et de gentillesse. Il s’agit de régler un problème entre êtres humains sensibles, pas de gagner la guerre du Vietnam.

 

Vérifiez votre demande

Imaginez que vous recevez une critique formulée exactement comme ça. Comment réagissez-vous ? Quelles modifications peuvent y être apportées pour qu’elle soit totalement intègre et pacifique ?

La critique constructive n’existe pas

Une fois que vous aurez formulé votre demande avec précision, il est utile de vérifier son absence d’impact négatif de façon à s’assurer qu’elle est éthique, non violente et dénuée de jeux de pouvoir.

 

Vérifier l’éthique de votre demande

Est-ce que j’ai décidé ce que je voulais ? Mon objectif est-il clair ? Comment vais-je vérifier si ma critique a réussi ?

La critique constructive n’existe pas

Vouloir exprimer un reproche est un objectif en soi, et il est nécessaire qu’un objectif soit intègre pour éviter de déboucher une prise de pouvoir digne du triangle dramatique.

Voulez-vous faire part de quelque chose qui vous déplaît, qui nuit au bon fonctionnement de la relation/du groupe/du projet ? Voulez-vous remédier à une situation problématique ? Ou bien s’agit-il de renvoyer Dupont, de lui clouer le bec, bref, de régler vos comptes ?

Si vous penchez pour la seconde solution, alors il est sans doute intéressant d’aller explorer le message que votre colère vous envoie : vous avez besoin de mettre le doigt sur le manque qu’elle vous indique réellement.

 

Entrainez-vous

Vous êtes gêné ? Vous avez le trac ? C’est naturel, qui trouverait du plaisir à faire des reproches ? Si vous êtes mal-à-l’aise dites-le. C’est aussi faire preuve d’empathie que de savoir combien il est désagréable de faire face à des reproches.

La critique constructive n’existe pas

Exprimez ensuite votre critique, puis passez à l’écoute active : votre interlocuteur aura peut-être besoin de s’exprimer, d’expliquer. Évitez de le pousser à une justification excessive. Trouvez ensemble une solution, une mise en action avec une échéance précise. Remerciez votre interlocuteur de vous avoir écouté et d’avoir discuté avec vous.

Comme toujours, commencez par de petites critiques, des mini reproches pour pratiquer, vous entraîner et ainsi gagner en confiance, à mesure que vous en retirez les bénéfices, plutôt que de vous jeter du bateau sans bouée alors que vous ne savez pas nager. Et je vous souhaites de beaux reproches salutaires qui, par leur délicatesse, favoriseront l’écoute et la confiance mutuelle et l’équilibre de vos relations.

Et puis soyez bienveillant envers vous-mêmes : il arrive qu’on cède à la colère, et dans ce cas-là inutile de vous insulter tout seul : c’est la preuve que vous êtes un être humain.

Comment se faire comprendre et obtenir une rectification du comportement de l’autre sans le vexer ?

Petit rappel : Faites le au plus près de l’événement et faites le en privé. Évitez d’exprimer une critique sur la personne elle même, contentez vous d’exprimer une critique sur ses comportements.

 

L’enseignement d’une critique

Vous seul finalement pouvez faire que la critique ne soit pas l’occasion d’une baisse d’estime de l’autre, mais plutôt l’occasion d’un échange dans le respect. L’autre personne ne pourra qu’être satisfaite de votre manière d’agir, mais surtout c’est de vous que viendra la plus grande gratification.

 

Calme et attentif comme une grenouille + CD

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :