Fumer pendant la grossesse : un réel danger

Pour certaines femmes, être enceinte est l’argument parfait pour arrêter complètement de fumer et cela même après l’accouchement. Pour d’autres, la dépendance est encore trop forte.

Malgré les messages de santé publique, la consommation de tabac continue d’augmenter chez les femmes. Au-delà du risque de maladies, se pose le problème spécifique du tabagisme pendant la grossesse.

En effet, on estime que 36 % des Françaises sont fumeuses au début de leur grossesse et que 22 % fument encore lors du dernier trimestre de grossesse. De plus, 56 % des femmes qui ont arrêté de fumer lorsqu’elles étaient enceintes reprennent après l’accouchement.

La plupart d’entre elles pensent que réduire leur consommation de tabac pourrait suffire à ne pas mettre en danger la vie du fœtus, mais ce n’est pas le cas puisque même une seule cigarette par jour provoque des effets néfastes.


Tabac et fumée de cigarette : une composition toxique

La composition de la fumée du tabac est complexe. Elle dépend du type de tabac (blond, brun), des additifs et du mode de consommation. Plus de 4 000 substances ont été identifiées.

Dans la phase gazeuse, on retrouve :
  • 10 à 15 % de gaz carbonique,
  • 3 à 6 % de monoxyde de carbone,
  • 0,1 à 0,2 % d’acide cyanhydrique,
  • Des composés organiques volatils (1 à 3 %) tels que des aldéhydes, cétones et hydrocarbures.

Fumer pendant la grossesse : un réel danger

Dans la phase solide, on retrouve  :
  • Des substances cancérigènes (hydrocarbures polyaromatiques, dérivés nitrés, aldéhydes, nitrosamines, cétones, benzène, éléments radioactifs),
  • Des irritants (acroléines),
  • Des métaux (nickel, cadmium),
  • Des radicaux libres (quinones, hydroquinones, époxides, CO, composés peroxydes),
  • De la nicotine.

LE SAVIEZ-VOUS ?

Les principaux constituants du tabac passent la barrière placentaire et peuvent atteindre le foetus. Ainsi, par exemple, le taux maternel de carboxyhémoglobine varie de 5 à 15 % pour une consommation de 20 cigarettes par jour et celui du foetus est égal à 1,8 fois celui de la mère.

La consommation de tabac peut être appréciée de façon précise par le dosage de la cotinine. La cotinine représente 80 % des produits de la dégradation de la nicotine. Elle est présente dans tous les milieux biologiques (sang, urines, salive, lait, cheveux, liquide amniotique,…). La cotinine se retrouve chez le foetus et dans le liquide amniotique (30 à 45 % des taux des mères fumeuses).


Alors, quels sont les risques pour bébé ?


Fertilité

Premier effet du tabac ? Une altération de la fertilité.

Les substances toxiques contenues dans le tabac viennent endommager l’ADN et les cellules humaines : fumer des cigarettes entraine ainsi une baisse de la fertilité en perturbant la production des spermatozoïdes chez les hommes et en diminuant le nombre d’ovocytes par ovaire chez la femme.

Certaines études épidémiologiques ont mis en évidence que le tabagisme retardait en moyenne de deux mois la conception et que cet effet était directement lié au nombre de cigarettes que les personnes fumaient. Une méta-analyse d’études a même révélé que le tabagisme augmentait de 60% le risque d’infertilité chez les femmes.

Heureusement, cet effet néfaste sur la fertilité semble réversible: avec le temps, les ex-fumeurs rejoignent les taux de fertilité de ceux qui n’ont jamais fumé (Augood et al., 1998).

Le taux de réussite des fécondations in vitro est également diminué. Arrêter de fumer augmente considérablement la fécondité et la fertilité.

Fumer pendant la grossesse : un réel danger


Poids

Une nouvelle étude démontre cet impact sur le poids du bébé à la naissance et le résultat est sans appel.

Menée sur 371 femmes enceintes, toutes fumeuses, l’étude dirigée par une équipe de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris établissait quatre catégories : 192 femmes qui fumaient moins de cinq cigarettes par jour, 122 entre cinq et neuf, 37 dix ou plus et 20 d’entres elles avaient complètement arrêté de fumer.

Le but de cette étude était de voir les variations de poids sur les différents bébés, selon la consommation de tabac de leur mère.

Les chercheurs ont donc pris en compte d’autres facteurs qui pouvaient impacter les poids des bébés (le sexe du bébé, le poids de la mère avant la grossesse). Les résultats sont stupéfiants puisqu’en comparaison aux poids des bébés dont la mère avait arrêté de fumer, les bébés perdaient environ 228 grammes si la mère fumait moins de cinq cigarettes par jour, 251 grammes si la mère en fumait entre cinq et neuf par jour et 262 grammes si elle en fumait dix ou plus.

Les chercheurs qui ont mené cette enquête souhaitent donc alarmer les futures mamans des risques du tabac sur leur enfant. En effet, un bébé qui naît plus léger que la moyenne a plus de risques de développer des problèmes de santé par la suite.


Grossesse extra-utérine

Le risque de grossesse extra-utérine est augmenté chez la femme fumeuse (plus la consommation est importante, plus le risque est grand). La nicotine diminue la mobilité tubaire (capacité de déplacement à l’intérieur des trompes) avec des spasmes et une diminution des battements des cils chargés de pousser l’ embryon dans l’utérus augmentant ainsi le risque de grossesse extra-utérine.

Ce risque redevient celui de la population générale si la consommation de tabac est arrêtée 1 mois avant la conception.


Prématurité

Le risque de  prématurité est augmenté chez la femme fumeuse, en particulier du fait d’une rupture prématurée des membranes.

La rupture prématurée des membranes avant un terme de 34 semaines serait ainsi trois fois plus fréquente chez la femme fumeuse. Ce risque est également lié à l’âge de la mère.

Il est important de signaler que cette majoration du risque disparaît si la femme arrête de fumer avant la conception et diminue nettement si l’arrêt de l’intoxication tabagique survient dans le premier trimestre de la grossesse.

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Fausse couche

Le risque de fausse-couche spontanée est aussi augmenté.

Chez la femme fumeuse, il est multiplié par 1,5 à 3. Ainsi, chez les grandes fumeuses (plus de 20 cigarettes par jour) le risque de fausse-couche spontanée est de 20 % contre 10 % chez les non-fumeuses.

Il peut atteindre 35 % si la consommation est de 35 cigarettes par jour. Le risque de fausse-couche est aussi augmenté par le tabagisme passif (d’une heure au moins par jour).

Les mécanismes invoqués ? Une mauvaise qualité de l’endomètre qui devient impropre à la nidation ainsi qu’une altération des ovocytes, une diminution du flux sanguin utérin et une altération du blastocyte (stade de l’embryon entre le cinquième et le septième jour après la fécondation) par la nicotine.


D’autres conséquences

Le tabac augmente également la fréquence d’un grand nombre de pathologies de la grossesse :

  • Le risque de métrorragies,
  • Le risque relatif d’ hématome rétroplacentaire est multiplié par 1,5,
  • Le risque d’insertion basse du placenta est multiplié par 2 à 3. Le placenta chez les fumeuses a une surface plus grande du fait de l’ hypoxie,
  • L’ hypertension artérielle gravidique serait moins fréquente chez la femme fumeuse, mais celle-ci serait plus grave quand elle survient,
  • La diminution des défenses immunitaires (notamment en cas d’infection) : une étude américaine a démontré que des mutations génétiques sont induites in utero par le tabagisme. Les mères exposées à la fumée de cigarette de leur conjoint durant la grossesse mettent au monde des nouveaux nés présentant plus fréquemment que les autres une « défaillance » génétique de leurs cellules immunitaires,
  • L’augmentation des pathologies bucco-dentaires,
  • L’augmentation du risque de vergetures,
  • L’augmentation d’anomalies de cicatrisation après césarienne, de modifications de certains paramètres biologiques (glycémie, taux d’insuline, HGC).

Fumer pendant la grossesse : un réel danger


Les effets du tabac sur le foetus

Chez le foetus, le premier risque est celui d’une augmentation du retard de croissance intra-utérin (RCIU). La relation entre la quantité de tabac consommé par jour et le déficit pondéral à la naissance n’est pas linéaire.

Même une faible consommation de tabac retentit sur la croissance foetale. Ainsi, la prévalence du RCIU passe de 8,5 % à 14,7 % pour une consommation de 1 à 5 cigarettes par jour et à 18,7 % si elle dépasse 10 cigarettes par jour.

Le tabagisme maternel pourrait aussi entraîner des malformations foetales. Ce point est toutefois controversé.

Certains auteurs ont avancé une possible augmentation des anomalies du tube neural, des fentes labio-palatines, des anomalies des membres, des malformations urinaires ou cardiaques. Ce risque semble significatif pour une consommation supérieure à 20 cigarettes par jour.

Autre risque lié au tabac pendant la grossesse : la mort foetale in utero (MFIU). 11% des MFIU tardives serait imputables au tabac en raison des complications placentaires et du risque de croissance intra-utérin.

Enfin, le tabac diminue la fréquence du rythme respiratoire foetal, la variabilité du rythme cardiaque foetal, les mouvements foetaux et il augmente le débit cardiaque et la fréquence cardiaque.


Après la grossesse, y a t’il d’autre risque pour l’enfant ?


Les effets du tabac sur le nouveau-né et le nourrisson

Il n’y a pas, chez les enfants nés après exposition au tabac pendant la grossesse, d’augmentation du risque de décès en période néonatale mais il existe une augmentation du risque de mort subite du nourrisson. Ce risque, apparemment dose dépendant, serait multiplié par 2 si la mère a fumé pendant la grossesse.

De plus, la fréquence et la durée des apnées obstructives pendant le sommeil sont plus élevées chez les enfants de mères fumeuses. La durée des apnées serait liée au nombre de cigarettes fumées par la mère.

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Quel risques pendant l’allaitement ?

Le tabac diminue la production lactée par l’intermédiaire d’une diminution du taux de prolactine (de 30 à 50 %).

La nicotine passe rapidement dans le lait car elle est peu liée aux protéines plasmatiques.

Les effets du tabagisme lacté sont moindres que ceux du tabagisme passif. Enfin, la morbidité est plus importante chez les nourrissons qui subissent un tabagisme passif et qui ne sont pas allaités.  Tabagisme et allaitement maternel sont moins délétères que tabagisme et allaitement au lait artificiel.


Les risques du tabagisme maternel sur l’enfant

Le tabagisme maternel favorise par ailleurs la survenue d’infections respiratoires et de l’ asthme. L’incidence d’épisodes de respiration sifflante serait ainsi de 45 % pendant la première année chez les enfants de mères fumeuses.

Enfin, le tabac augmente la pression artérielle systolique du nouveau-né (pendant 6 mois à 1 an)

Certains auteurs ont mis en évidence une relation entre la consommation de tabac pendant la grossesse et le développement psychomoteur ou cognitif de l’enfant.

Ainsi, une étude portant sur 17 000 enfants a mis en évidence une diminution significative des scores de lecture et de mathématiques à l’âge de 7, 11 et 16 ans, et un niveau socio-professionnel bas à l’âge de 23 ans dans le groupe de sujets exposés au tabac pendant la grossesse.

Le suivi de 1 265 enfants pendant 15 ans a en outre montré une augmentation significative des troubles du comportement chez ceux dont les mères avaient fumé plus de 20 cigarettes par jour pendant la grossesse.

Toutefois, il est difficile d’évaluer le risque spécifique lié à l’exposition du foetus au tabac sur le développement cérébral de l’enfant ; en effet, d’autres facteurs pouvant affecter ce développement coexistent souvent avec le tabagisme maternel.

Les enfants d’un fumeur ont 2 fois plus de risques de devenir eux-mêmes fumeurs que les enfants d’un non-fumeur.

Fumer pendant la grossesse : un réel danger


Grossesse : comment arrêter de fumer ?

En raison de tous les risques développés précédemment sur l’installation et le déroulement de la grossesse, sur le développement du foetus et le devenir de l’enfant, le sevrage tabagique de la future mère fumeuse est un objectif privilégié.

Ce sevrage doit être idéalement total. Il peut être aidé par la prise d’un traitement de substituts nicotinique.

L’utilisation de ces  substituts nicotiniques doit cependant se faire sous contrôle médical pour les femmes enceintes ou qui allaitent. Sachez aussi que l’assurance maladie prend en charge les traitements pour substituts nicotiniques à hauteur de 150 euros.

Si vous n’avez pas arrêté de fumer avant votre grossesse, faites-vous aider pour arrêter. Quel que soit le moment, l’arrêt est toujours bénéfique.

Si votre compagnon fume, incitez-le à arrêter : le tabagisme passif entraîne les mêmes facteurs de risque que le tabagisme actif.

Aide pour arrêter de fumer.

Fumer pendant la grossesse : un réel danger


Ce sont les raison pour lesquelles les spécialistes ne recommandent pas aux futures mamans de seulement réduire leur consommation de tabac, mais tout simplement d’arrêter de fumer définitivement pendant la grossesse et même au moment de la conception.

Le tabac peut être un vrai fléau au moment de la grossesse. Bien sûr, en arrêtant de fumer, vous ajoutez plusieurs années à votre espérance de vie et vous augmentez vos chances de voir grandir vos petits enfants.


Je te deteste, arrete de fumer

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